Retour sur la 4° Mostra documentaires chez CASA DOC’

Comme chaque année, Casa Doc’ nous a offert son Festival de courts-métrages brésiliens Curta Brasil, malheureusement en l’absence cette année, cause Covid, des réalisateurs.
Une programmation très forte centrée sur le corps, sur les corps. Il semble qu’au Brésil, à Sao Paulo – avant la France (les trois films sont de 2018), un grand mouvement revendiquant la liberté du corps des femmes s’exprime fortement.
Les paroles vraies des participantes de ce documentaire accompagnent des images non moins puissantes (en plans rapprochés) de corps qui dansent.
Un nouveau courant musical, un Funk énergique porte leurs revendications : « Tous les corps son beaux… Notre corps est notre temple, on en fait ce que l’on veut… J’utilise mon corps pour exprimer mon art et ma culture… Un corps nu n’est pas forcément sensuel ou sexuel… Danser avec ses fesses est fort et puissant pour les femmes, pour autant, celles qui remuent leurs fesses ne sont pas des imbeciles ou des putes intéressées… et surtout : « Toute femme est sexy et puissante, regarde dans le miroir la force qui est en toi ».

Pour lutter contre la société qui n’est pas prête à voir des femmes noires parler de leur corps et de leur sexe en toute liberté, elles déclarent leur corps « œuvre d’art ».
« Mon corps sera de l’art » et comme l’art, c’est la liberté, les funkeiras s’émancipent : « Ce n’est pas parce que je porte un mini short avec une petite chemise (la polémique de la semaine dernière en France) que cela signifie  que notre corps est public et que tout le monde peut y succéder. De la même manière que je vais danser au bal, je vais à l’université. »
Le corps se libère, mais aussi l’espace qui est ouvert, gratuit. La musique, la danse est désormais dans la rue, dans les quartiers, sans droits d’entrée. A Sao Paulo, il y a plus de six cents lieux où ça danse, générant des petits commerces (nourriture, fringues, bijoux, etc.) qui donnent un peu de travail et de revenus aux gens en cette sombre époque bolsonarienne.

Produit par une équipe féminine, ce documentaire montre aussi comment un courant musical porte des revendications sociétales. Depuis le blues se sont succédés nombre de musiques appuyant les révoltes (rock, reggae, rap…)

BEAT É PROTESTO – O FUNK PELA ÓTICA FEMININA (2018),
LE BATTEMENT EST UNE PROTESTATION – LE FUNK VU PAR LES FEMMES
Dir : Mayara EFE. 23 min.

Le corps encore avec le deuxième documentaire. Des corps tatoués par le soleil…
Afin d’obtenir un bronzage original, Kelly Cristina, devenue la grande spécialiste de ce nouveau métier, a ouvert un lieu où s’étalent langoureusement au soleil les corps de femmes recouverts de fin rubans noirs.
Le résultat est étonnant et sexy. Le film s’arrête un peu tôt au début de la soirée exclusivement féminine organisée par Kris bronzeamento. Un seul homme, un pompier, est sur scène. On aurait aimé voir la suite…

KRIS BRONZE (2018),
dir: Larry MACHADO. 23 min.

Les corps – noirs – défilant dans la rue. Comment au XXIe siècle une couleur de peau – sachant qu’il y en a une infinité -, peut-elle encore faire problème et discriminer ?
Ce documentaire nous plonge dans ce que vivent de jeunes et de moins jeunes individus à la peau noire, qui, de plus, revendiquent des sexualités hybrides.
Un court-métrage très esthétique qui s’ouvre sur un homme à la recherche de son image à travers toutes sortes de déguisements, puis présente un joyeux défilé de fiertés maquillées, et s’achève avec un superbe spectacle musical dans un décor époustouflant de dorures et de couleurs.

NEGRUM3 (2018),
dir: DIEGO PAULINO. 22 min.

Programmation le Festival Curta Brasil et Casa Doc’
Matériel de projection généreusement prêté par l’association Regard Indépendant et Cercle rouge.
Traductions et sous-titres réalisées par Mariana Altenbernd et Manuela LositoClaudine Lespinasse et Virginie Fonseca.
Affiche réalisée par Michele Ciulla

Texte écrit par Alain Amiel le 28 septembre 2020

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